Dernière mise à jour le : 29 décembre 2020 par Rénovation et travaux

L’isolation à 1 € est une aide financière qui a fait couler beaucoup d’encre. Sur le papier, l’offre avait tout pour plaire : faites isoler vos combles contre 1 € symbolique. Néanmoins, les aides d’isolation à 1 € ont aussi eu un côté sombre, puisqu’elles ont donné lieu à de nombreux abus et arnaques. Alors que l’isolation à 1 € prendra définitivement fin le 31 décembre 2020, que retenir de cette aide financière pour les travaux de rénovation énergétique ? Nous avons cherché à en tirer un premier bilan.

La fin de l’isolation à 1 €

Ce sont les dernières semaines pour profiter de l’isolation à 1 €, une aide financière qui aura permis à de nombreux ménages d’isoler leurs combles perdus pour un euro symbolique.

Isolation à 1 € : un dispositif prometteur

Si vous êtes passés à côté du raz-de-marée de l’isolation à 1 €, revenons rapidement sur cette aide à l’isolation. Pour rappel, le dispositif de l’isolation à 1 € a été créé en 2017, dans le cadre du programme des certificats d’économie d’énergie (CEE).

Le principe était simple : des entreprises polluantes sont tenues de financer des travaux d’isolation pour des particuliers aux revenus modestes. L’aide est directement versée à des artisans RGE, et le particulier n’a plus qu’un reste à charge d’un euro symbolique (sous conditions de ressources).

Le but de l’isolation à 1 € était double : permettre aux entreprises à l’origine de pollution de participer à la rénovation énergétique du parc privé, et inciter les particuliers à rénover des maisons mal isolées, et donc polluantes.

Initialement appelé « coup de pouce isolation » ce dispositif a rapidement été rebaptisé officieusement « isolation à 1 € ». Une manière simple et rapide de faire comprendre au particulier de quoi il s’agissait.

La fin des aides d’isolation à 1 €

L’isolation à 1 € a bien évidemment connu un succès retentissant… D’autant plus que de nombreuses entreprises avaient un intérêt direct à faire parler de ce dispositif.

D’une part, les entreprises polluantes pouvaient ainsi éviter des pénalités financières importantes. D’autre part, les entreprises d’isolation pouvaient multiplier les clients et les chantiers. En fin de boucle, les particuliers profitaient de travaux d’isolation des combles pratiquement gratuits.

Malheureusement, le dispositif de l’isolation à 1 € prend fin dès le 31 décembre 2020 (tout du moins sous sa forme actuelle), et ce sont donc les derniers dossiers qui sont en train d’être traités durant ce dernier mois de 2020. « Malheureusement » ? Tout le monde ne sera pas forcément de cet avis. Car l’isolation à 1 euros n’a pas laissé que de bons souvenirs.

Isolation à 1 € : arnaques et abus

L’arnaque à l’isolation à 1 €, est-ce vraiment possible ? Oui, et pas qu’un peu ! En effet, le dispositif de l’isolation à 1 €, s’il a permis l’isolation de nombreux logements, a aussi entraîné de nombreuses arnaques et malfaçons. Et pour cause, comme souvent lorsque l’État met en place des primes à la rénovation, certains professionnels peu scrupuleux y voient une manière de s’enrichir rapidement.

Pourquoi des arnaques à l’isolation à 1 € ?

Comme le coup de pouce isolation permet aux ménages à revenu modeste d’isoler leur maison pour la somme modique d’un euro, il est évident que ce dispositif est tentant pour le particulier… Mais aussi pour l’entreprise d’isolation à l’origine des travaux.

Et pour cause, il est évident que le professionnel du bâtiment à l’origine des travaux ne touche pas uniquement un euro. En réalité, la quasi totalité du montant des travaux est versée par l’État et par les entreprises polluantes à l’origine des certificats d’économie d’énergie.

Résultat ? Une entreprise d’isolation peu scrupuleuse est vite tentée de multiplier les chantiers pour augmenter significativement son chiffre d’affaires. Il faut dire que convaincre un particulier de payer 1 € n’est clairement pas une tâche difficile pour un commercial !

Démarchage abusif pour l’isolation à 1 €

En conséquence des points vus plus haut, l’isolation à 1 € a entraîné un démarchage téléphonique abusif, jusque là jamais vu. De nombreuses entreprises se sont en effet mises à démarcher par téléphone (voire parfois en porte-à-porte) pour multiplier les contacts et trouver des particuliers désireux de faire réaliser leurs travaux.

Comme le montre très bien un dossier du monde de l’énergie daté de mai 2020, les abus ont été nombreux pour trouver de plus en plus de contacts, et donc réaliser le plus de chantiers possibles. Certains commerciaux se faisaient ainsi passer pour des représentants du gouvernement, et n’hésitaient pas à arborer des logos d’organismes étatiques. Des particuliers recevaient quant à eux des appels plusieurs fois par jour, dans le seul but de débuter un dossier d’isolation à 1 €.

Il ne faut clairement pas négliger l’ampleur des abus en la matière. Et pour cause, les démarchages abusifs ont été tels que le Sénat a dû voter une loi spécifique, en juillet 2020, qui interdit désormais tout démarchage téléphonique lié à des travaux de rénovation énergétique. C’est dire si l’isolation à 1 € a créé un phénomène inattendu en matière d’abus et de démarchages…

Isolation à 1 € : arnaques et malfaçons

Mais le souci ne s’arrête pas uniquement au démarchage. Et pour cause, il est évident que multiplier les chantiers d’isolation allait forcément avoir un impact sur la qualité des chantiers. Ainsi, de nombreux professionnels du bâtiment peu scrupuleux se sont mis à enchaîner les chantiers à la va-vite et sans aucune considération pour le client, dans l’optique de récupérer les juteux montants des aides.

Résultats ? Des chantiers bâclés, aucune finition, une isolation médiocre, des plaque de placo qui s’écroulent quelques semaines après le passage des professionnels… Dans la seule ville d’Evreux, pour ne prendre qu’un exemple, trois à quatre plaintes sont enregistrées par mois suite à des malfaçons d’isolation à 1 €, d’après l’association UFC-Que-Choisir.

Et ce n’est pas tout : histoire de faire encore plus d’argent, de nombreuses entreprises n’hésitent pas à faire l’impasse sur la qualité ou l’épaisseur des isolants utilisés, ce qui nuit tout simplement à l’intérêt de l’isolation. Pire encore, les malfaçons liées à l’isolation à 1 € peuvent parfois représenter un danger pour le particulier.

C’est le cas très récemment à Béziers, ville dans laquelle une famille a porté plainte suite à l’utilisation d’un isolant cancérigène (le formaldéhyde) dans le cadre d’un chantier d’isolation à 1 €. Quelques semaines après le chantier, le plafond d’une chambre s’écroule et révèle l’utilisation du formaldéhyde. Les particuliers se plaignent alors d’irritations et de brûlures et sont hospitalisés en urgence.

Ou comment une aide de l’État, à priori bénéfique sous tous les points de vue, finit par être à l’origine de démarchage abusif, d’arnaques, de malfaçons, voire même de dangers pour certains citoyens.

Le bilan de l’isolation à 1 €

Face à ces différents constats, faut-il enterrer définitivement l’isolation à 1 € ? Certes, ce dispositif a entraîné de nombreux abus, mais il a tout de même permis l’isolation de très nombreux logements. Peut-on donc saluer son efficacité dans l’amélioration énergétique du parc immobilier privé en France ? Oui et non…

L’impact du coup de pouce isolation

Il ne faut pas non plus diaboliser l’isolation à 1 €. De nombreux chantiers d’isolation à 1 € ont été réalisés par des professionnels compétents, et dans les règles de l’art. Si le nombre total de chantiers couverts grâce à ces aides n’est pas encore révélé, on sait de source sûre qu’il s’estime en centaines de milliers. Le seul groupe Effy se félicitait de sa 100 000e maison isolée par ce biais, le 4 octobre 2019.

Il est donc certain que l’isolation à 1 € a participé à une meilleure isolation des logements français, et a donc pu aider des ménages modestes à faire des économies d’énergie, tout en évitant le gaspillage énergétique.

Seul souci : il est impossible de déterminer avec précision l’impact positif de l’isolation à 1 €. Sur 100 chantiers, combien ont été réalisés dans les règles de l’art ? Et combien ont été à l’origine de malfaçons ? Et surtout, comment mesurer l’impact réel d’un tel dispositif quand il n’y a aucune analyse des logements après rénovation (ni avant, dans la plupart des cas) ?

Dernière question : les montants gargantuesques tombés dans les poches d’entreprises d’isolation peu scrupuleuses, souvent crées spécifiquement pour l’occasion, n’auraient-ils pas été mieux dépensés autrement ?

Faut-il mieux encadrer les aides à la rénovation énergétique ?

Entre autres éléments que nous pourrions critiquer par rapport à cette aide à la rénovation énergétique : l’absence totale de critères de résultats. Comme de nombreuses aides financières à la rénovation énergétique du gouvernement français, cette aide a été délivrée sans distinction suffisante, et sans contrôle de la qualité des chantiers.

Si elle n’avait été délivrée que sous certaines conditions, par exemple une amélioration de l’étiquette énergie du chantier, il y a fort à parier que les entreprises du bâtiment frauduleuses auraient été moins présentes sur ce créneau juteux. D’où l’intérêt de réfléchir à cette capacité de mesurer les résultats des travaux de rénovation énergétique.

C’est un élément qui n’est pas impossible, puisque le contrôle de l’efficacité est notamment mis en place lors d’un contrat de performance énergétique, dont nous vous avions parlé il y a peu.

Une chose est sûre, ce n’est certainement pas la dernière fois qu’une aide à la rénovation énergétique entraîne à la fois des abus, voire des arnaques. D’où l’intérêt pour le gouvernement à chercher à préciser l’utilisation, et surtout le suivi, des aides dédiées aux travaux d’isolation et de chauffage.