Dans le cadre de la loi Climat et résilience, le gouvernement aimerait mettre en place le rôle d’accompagnateur rénov’, à destination des particuliers. Professionnel du bâtiment, l’accompagnateur rénov’ permettrait de conseiller et d’orienter les travaux de rénovation énergétique. Alors que le gouvernement est en train de se concerter les professionnels du bâtiment à ce sujet, profitons de l’occasion pour revenir plus en détail sur le rôle d’accompagnateur rénov’, et sur son impact potentiel sur le marché de la rénovation.

Qu’est-ce qu’un accompagnateur rénov’ ?

L’accompagnateur rénov’ est l’un des nouveaux projets issus de la loi Climat et Résilience, votée initialement le 29 juin 2021. Cette loi issue des conventions citoyennes pour le climat met en avant de nombreux projets pour limiter considérablement la production de gaz à effets de serre et de déchets.

Dans le domaine du BTP, la loi Climat a notamment mis en place l’obligation d’isolation pour les passoires thermiques. Un autre projet de cette dernière est la mise en place d’accompagnateurs rénov’, le sujet qui nous intéresse ici.

Le rôle de l’accompagnateur rénov’

Si le projet d’accompagnateur rénov’ n’est pas encore pleinement défini, les grandes lignes de ce rôle restent claires. L’accompagnateur rénov’ est un professionnel du bâtiment dédié à l’accompagnement des ménages qui réalisent une rénovation énergétique.

Ce dernier serait ainsi amené à :

  • Réaliser un audit thermique du logement à rénover (avant les travaux),
  • Lister les travaux nécessaires pour l’amélioration du logement du point de vue énergétique (isolation, chauffage, ventilation, etc.),
  • Accompagner les logements dans leur plan de financement et l’obtention des aides de l’État.
  • Conseiller les particuliers dans le choix des entreprises de rénovation.
  • Mener un diagnostic de fin des travaux, de manière à mieux évaluer leur impact.

À savoir : l’accompagnateur rénov’ serait un professionnel agréé par l’État. On évoque notamment des structures du service public, des associations ou encore des entreprises en mesure de délivrer les CEE. Mais l’inclusion de professionnels du bâtiment, notamment les artisans RGE ou certains architectes, est également discutée. 

L’intérêt de l’accompagnateur rénov’ en France

Conçu pour accompagner les programmes d’aides de l’Etat, comme la récente MaPrimeRénov, l’accompagnateur rénov’ est un rôle loin d’être accessoire sur les chantiers de rénovation.

Le rôle d’un tel professionnel de la rénovation énergétique serait multiple :

  • Mieux encadrer les travaux de rénovation énergétique et la distribution d’aides publiques, pour assurer l’efficacité de tels travaux.
  • Faciliter l’obtention des aides et le financement des travaux de rénovation énergétique.
  • Guider les particuliers vers des professionnels de confiance, et éviter les arnaques et les fraudes, comme elles furent monnaie courante dans le cadre de l’isolation à 1 €.

Une récente étude des habitudes des Français en matière de rénovation avait prouvé que les Français préféraient réaliser des travaux de rénovation partielle, pourtant moins efficaces et parfois contre-productifs. Un accompagnateur lors des travaux pourrait justement éviter ce type d’écueil.

L’accompagnateur rénov’ est-il obligatoire ?

La mise en place des accompagnateurs rénov’ serait prévue entre 2023 et 2024. Si rien n’est encore indiqué concernant leur recours, il y a fort à parier que l’accompagnateur rénov’ puisse devenir obligatoire pour percevoir les aides de l’État.

Dans l’idée, l’accompagnateur rénov’ pourrait ainsi devenir le tout premier interlocuteur, et l’interlocuteur privilégié, pour tous les ménages intéressés par la rénovation de leur logement.

Ceci n’est néanmoins pas encore sûr. Alors que l’État estime le montant de ce service à 1200 € (voire jusqu’à 4000 € pour les chantiers les plus ambitieux), il projette de ne financer l’accompagnateur rénov’ que pour les travaux offrant un gain d’énergie minimal de 35 %.

Reste à savoir si cet accompagnateur sera obligatoire ou utile dans le cadre de travaux uniques, comme le remplacement de fenêtres.

Une concertation des professionnels autour du rôle de l’accompagnateur rénov’

Pour le moment, le rôle de l’accompagnateur rénov’ n’est encore qu’à l’état de projet. Pour preuve, le gouvernement est en train de réaliser un questionnaire concernant ce rôle, à destination des professionnels du bâtiment.

Du 1er juillet au 25 juillet 2021, un questionnaire en ligne a été mise en ligne par l’ANAH (Agence Nationale d’Amélioration de l’Habitat). Ce questionnaire, très complet, interroge notamment les professionnels du BTP concernant leur avis à propos :

  • Des aides financières de l’État,
  • Du choix des accompagnateurs rénov’,
  • Du rôle et des missions des accompagnateurs rénov’,
  • Du rôle des collectivités territoriales dans l’aide à la rénovation énergétique.

Accompagnateurs rénov’ : quels enjeux pour le marché ?

Si le rôle de l’accompagnateur rénov’ peut sembler pour le moment assez minimal, ce projet de loi pourrait faire de l’accompagnateur rénov’ un acteur clef du marché de la rénovation énergétique.

Un acteur incontournable de la rénovation énergétique

S’il est encore trop tôt pour l’affirmer, on peut imaginer que l’accompagnateur rénov’ deviendra un rôle primordial dans le cadre des travaux de rénovation.

Et pour cause, cet acteur pourrait à lui seul avoir le pouvoir de :

  • Déterminer les travaux à réaliser,
  • Conseiller sur le choix des équipements (chaudière, pompe à chaleur, etc.) et des matériaux (isolants, enduits, etc.),
  • Guider les particuliers dans le choix des professionnels impliqués,
  • Accorder les aides de l’État.

Le gouvernement lui-même n’est pas naïf concernant l’importance de ce futur rôle. Et pour preuve, le projet de loi prévoit déjà des contrôles et sanctions concernant le travail d’accompagnateur rénov’. Le questionnaire mis en place par l’ANAH évoque également des engagements déontologiques de cet acteur, et de la nécessité d’impartialité du conseil.

On imagine en effet assez facilement qu’un accompagnateur peu scrupuleux pourrait être tenté de diriger les particuliers vers une entreprise plutôt que vers une autre, s’il y voit un intérêt financier…

Contre quoi lutte ce projet de loi ?

Il paraît intéressant de conclure le sujet sur les réelles raisons d’apparition du rôle d’accompagnateur rénov’. S’il est évident que ce rôle vise notamment à accompagner les ménages, il a aussi et surtout un important rôle à jouer concernant les fraudes à la rénovation énergétique.

Les fraudes à la rénovation énergétique sont en effet monnaie courante, depuis l’existence d’aides de l’État pour la réalisation de travaux. Des arnaques et abus ont notamment été nombreux concernant les aides pour le photovoltaïque, pour les éoliennes ou plus récemment pour les offres d’isolation à 1 €.

Ainsi, il est bon de garder en tête que l’accompagnateur Rénov’ devrait notamment :

  • Écarter du secteur les entreprises qui cherchent à tirer partie des aides de l’État pour s’enrichir rapidement, en dépit de la qualité des travaux (comme ce fut le cas avec l’isolation à 1 €).
  • Limiter les arnaques et abus, en devenant un interlocuteur privilégié et de confiance pour la réalisation de travaux. Le recours forcé à un accompagnateur pour profiter des aides rendrait les démarchages abusifs inutiles.
  • Mieux contrôler l’efficacité des travaux de rénovation énergétique, et ainsi assurer que les aides de l’État soient dépensées correctement, et en faveur de l’environnement.

Naturellement, pour que cela soit possible, encore faut-il que le dispositif soit savamment réfléchi, et que sa mise en place et son contrôle soient strictement réfléchis par l’État, les collectivités et les acteurs du marché.