Il est évident que la crise sanitaire du Covid-19 a eu un impact sur le secteur du bâtiment. Mais comment les artisans du bâtiment et les TPE du secteur du BTP ont-ils vécu la crise sanitaire ? Et comment les professionnels du bâtiment se projettent pour 2021, à l’approche très certaine d’un 3e confinement en France ? Différentes enquêtes publiées sur les dernières semaines permettent d’en savoir un peu plus sur le moral des entrepreneurs du bâtiment en ce début 2021. C’est l’occasion de faire un point sur la situation économique des artisans du bâtiment, et sur leurs perspectives. Quel serait l’impact d’un 3e confinement sur les petites entreprises du bâtiment ? Comment les professionnels du bâtiment anticipent 2021 ? Et comment les artisans ont-ils résisté à la crise sanitaire jusqu’ici ?

Le BTP : un milieu touché par la crise sanitaire

Il est évident que le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics a été touché par la crise sanitaire de 2020, autant que tous les autres. C’est notamment à travers le marché immobilier, avec une baisse de la construction neuve, que le secteur du BTP a été impacté.

Si la chute n’a pas été évidente en 2020 (moins de 8 % de constructions neuves par rapport à 2019), une baisse de 15 % des dépôts de permis de construire laisse à présager un impact plus fort pour 2021. Ainsi, un récent communiqué de presse de la FFB (Fédération Française du Bâtiment) se désole du fait qu’il y a plus de débuts de chantiers en ce début 2021 que de dépôt de permis de construire, avec une baisse particulièrement marquée (-20,7 %) sur la construction de logements collectifs.

Naturellement, la crise a également impacté les petites entreprises du BTP et les artisans indépendants. Le premier confinement, en mars 2019, a notamment gelé les chantiers pendant plusieurs mois. Si le milieu du BTP a su s’adapter et s’est avéré nettement plus actif durant le second confinement, il n’en reste pas moins que nul ne voit d’un bel œil l’arrivée prochaine (et pour le moment encore en suspens) d’un 3e confinement.

Les craintes des entrepreneurs du BTP ne portent pas uniquement sur le gel des chantiers, mais aussi et surtout sur leur capacité à résister face à un nouveau confinement, et sur l’impact économique global de la crise sanitaire, dont la fin semble encore lointaine.

Artisans et petites entreprises du bâtiment face au coronavirus

En janvier 2020, la CPME (confédération des PME) a mis en ligne une enquête sur le bilan 2020 et les perspectives 2021 pour les petites et moyennes entreprises. De son côté, l’U2P (Union des entreprises de proximité) a réalisé un sondage sur les conséquences de la pandémie sur les TPE. L’entreprise Wizzcad, spécialiste de la digitalisation du BTP, avait également commandé une enquête en novembre 2019 sur l’impact du Covid dans le BTP. Ces différentes enquêtes permettent de dresser un premier profil de l’état d’esprit des entrepreneurs du bâtiment en France.

Coronavirus : un impact direct sur le CA des entrepreneurs du bâtiment…

Premier constat, la crise sanitaire a eu un impact évident sur le chiffre d’affaires des entrepreneurs en 2020. Sur les 6200 entreprises (tous secteurs confondus) contactées par U2P, 71 % annoncent une baisse de chiffre d’affaires sur 2020. Néanmoins, cela n’a pas eu un impact direct sur l’emploi, seuls 2 % des entreprises interrogées ayant eu recours au licenciement.

Selon l’enquête de la CPME, ce sont 65 % des 2400 entreprises interrogées (une fois encore tous secteurs confondus) qui annoncent une chute de leur chiffre d’affaires entre novembre/décembre 2020 et novembre/Décembre 2019. Et 52 % d’entre elles qui ne voient pas la situation s’améliorer en 2021.

C’est une situation d’autant plus préoccupante qu’elle engendre des retards de chantier, et donc de la pression supplémentaire pour les professionnels du BTP. 64 % des entreprises du bâtiment interrogées par Wizzcad déclaraient en fin 2020 qu’elles n’étaient pas parvenues à rattraper le retard engendré sur les chantiers.

Néanmoins, cette même étude (qui concerne uniquement les entreprises du BTP, contrairement aux enquêtes de la CPME et de l’U2P) montre que 77 % des entreprises du bâtiment interrogées estiment avoir un niveau d’activité égal à l’avant-crise. Ce sont néanmoins les marges de ces entreprises qui en pâtissent, la « faute » à des encadrement et à des mesures sanitaires qui représentent un coût pour les entreprises.

… mais pas de menace immédiate sur les entreprises ?

Néanmoins, la perte de chiffre d’affaires ne doit pas être jugée comme un facteur préoccupant pour la santé des entreprises. 52 % des entreprises interrogées par U2P affirment que leur situation financière est saine. Mais c’est notamment grâce aux aides de l’état que certaines entreprises s’affirment sereines sur l’avenir.

Le sondage d’U2P, sans surprise, montre l’usage massif des différents dispositifs d’aides aux entrepreneurs : fonds de solidarité (utilisé par 41 % des entreprises interrogées), reports des cotisations sociales et fiscales (utilisé par 33 % des entreprises) ou encore prêt garanti par l’État (utilisé par 17 % des sociétés interrogées). Les aides du gouvernement sont par ailleurs encore réclamés par 68 % des entrepreneurs interrogés par U2P. Même constat d’après la CPME, qui annonce que 33 % des dirigeants interrogés ont le sentiment d’être « biberonnés » par l’État.

Le rôle de l’État dans la protection des entreprises du bâtiment (comme celles de tous les autres secteurs) s’avère ainsi primordial. La FFB rappelle elle-même que l’action des pouvoirs publics est essentielle pour relancer la construction en France. La Fédération Française du Bâtiment en profite d’ailleurs pour rappeler que la récente RE 2020, qui va pousser le secteur de la construction à changer en profondeur, n’est pas forcément la bienvenue dans ce contexte de crise internationale.

Les inquiétudes des entrepreneurs pour 2021

Sans trop de surprise, les différentes enquêtes menées auprès des entrepreneurs du bâtiment et d’ailleurs montrent un questionnement général sur l’évolution de la situation en 2021. L’enquête de la CPME montre que 42 % des entrepreneurs sont résignés, 23 % sont optimistes et 35 % pessimistes. L’heure n’est donc pas à la détresse, mais à la préoccupation, ce qui paraît logique dans une situation où les aides de l’État jouent un rôle déterminant pour les entreprises.

À l’approche, très probable, d’un reconfinement, les inquiétudes sont d’autant plus présentes. Le sondage Wizzcad de novembre 2020 annonçait ainsi que 29 % des entrepreneurs du BTP étaient très inquiets par l’impact d’un troisième confinement sur leur activité, et que 31 % des entreprises du secteur étaient inquiètes quant à la pérennité de leur activité à moyen terme.

En dehors des considérations purement financières, le moral des entrepreneurs est au plus bas, dans une situation devenue de plus en plus difficile à vivre pour les Français. Si la campagne de vaccination peut rassurer et donner l’impression d’une fin prochaine de la crise, l’ombre de plus en plus proche du 3e confinement porte évidemment un coup au moral déjà bas des entrepreneurs comme des autres.

Quel sera l’impact du Covid sur le secteur du BTP ?

S’il est évident que les entrepreneurs et TPE/PME du bâtiment sont inquiets, ce ne sont pas nécessairement les petits acteurs du secteur qui seront les plus touchés. Le secteur de la rénovation, notamment, est plutôt florissant, avec une hausse de 58,8 % des rénovations en 2020, et des chantiers qui restent fréquents en ce début 2021. En cause, les confinements répétés qui incitent les particuliers à améliorer leur logement, de par le simple fait qu’ils y passent désormais la majeure partie de leur temps. MaPrimeRénov’ est les aides à la rénovation y sont également certainement pour quelque chose.

Comme vu plus haut, le secteur de la construction est pour le moment le plus impacté, lui qui fait graviter de très nombreuses entreprises autour de lui. Des craintes réelles se font donc ressentir sur l’emploi dans le bâtiment (le FFB parlait à la mi-2020 de plus de 100 000 emplois en danger), mais aussi sur certains acteurs connexes (notamment les fabricants de matériaux).

Il est donc évident que le Plan de relance 2021-2022 prévu par le gouvernement jouera un rôle important sur l’évolution du BTP en France. La situation économique globale aura également son rôle à jouer, bien évidemment. Et pour cause, les projets coûteux et d’envergure, comme la construction ou la rénovation complète d’une maison, se font plus rare dans une période d’incertitude.

Une chose est sûre : il ne faudrait pas trop noircir le tableau. Le secteur du bâtiment a montré sa capacité d’adaptation, notamment lors du second confinement, qui n’a pas vu un gel des chantiers comme le fut le premier. Par ailleurs, les projets de construction et de rénovation ne sont pas à l’arrêt total. S’il est évident que l’approche d’un 3e confinement joue sur le moral et sur les esprits, il ne faut pas oublier que les particuliers sont encore nombreux à avoir besoin d’artisans, ni que l’État anticipe un plan de relance qui permettra de ne pas geler les chantiers publics.

Si vous êtes vous-même artisan du bâtiment, le site internet le monde des artisans propose une liste des mesures de soutien du gouvernement. De quoi être certain de ne pas passer à côté d’aides dont vous pourriez avoir droit pour maintenir votre entreprise à flot.