Depuis le début de l’année 2021, différents secteurs du BTP alertent sur la pénurie de certains matériaux de construction. À tel point que de nombreux professionnels commencent à s’inquiéter d’une flambée des prix des matériaux… qui se ressentirait forcément sur le coût des constructions ou des travaux. Alors, les matériaux du BTP sont-ils effectivement en pénurie ? Pour quelles raisons ? Et faut-il craindre un impact de la rareté sur le prix des matériaux du bâtiment ? Rénovation & Travaux mène l’enquête sur la pénurie des matériaux en France.

Vers une pénurie des matériaux de construction ?

Depuis début 2021, différentes entreprises alertent sur une éventuelle pénurie de matériaux dans le bâtiment. Plus les semaines passent, et plus le nombre de matériaux concernés semble augmenter. Se dirige-t-on réellement vers une pénurie des matériaux en France ?

Là où la situation peut sembler alarmante au sujet d’une éventuelle pénurie, c’est que de nombreux matériaux sont en cause. Les premiers matériaux concernés, courant 2020, ont été les matériaux de construction, notamment le bois d’oeuvre ou encore l’acier. Le 1er février 2021, la FIM (Fédération des Industriels Mécaniques) alertait sur les difficultés d’approvisionnement de l’acier, et ce depuis l’automne 2020. Néanmoins, des rumeurs de pénurie ne se sont pas arrêtées là.

Très vite ont été concernées les menuiseries, les matériaux isolants, le plastique ou encore les fournitures électriques. Plus récemment, ce sont les produits chimiques qui semblent manquer, ce qui pourrait entraîner une pénurie au niveau des colles, des vernis ou encore des peintures. La FIPEC (Fédération des Industries des Peintures, Encres, Couleurs, Colles et adhésifs, Préservation du Bois) a ainsi récemment tiré la sonnette d’alarme, au sujet de problèmes approvisionnement majeurs en matières premières, et ce dans toute l’Europe.

Les causes d’une pénurie des matériaux

Mais quelles sont les causes de cette pénurie des matériaux en France et en Europe ? Si nous vous avions parlé de la pénurie future du sable, avant tout d’ordre écologique, on se doute bien que cette pénurie des matériaux de construction est avant tout liée aux évènements sanitaires récents. À vrai dire, les causes de la pénurie des matériaux sont multiples.

La reprise d’activité suite au Covid-19

L’un des premiers effets sur la pénurie des matériaux a été la reprise des chantiers, courant 2020. Alors que beaucoup de chantiers (et d’achats de matériaux en général) se sont stoppés net au premier confinement, les constructeurs ont peiné à rattraper leur retard, et de nombreuses commandes se sont concentrées sur les semaines suivant la reprise.

L’effet a été d’autant plus pénalisant que la production de matériaux et de fournitures a été impactée par la crise sanitaire. Résultat : une hausse brutale des demandes alors que les stocks étaient au plus bas… d’où une possible pénurie.

Et tout ceci est d’autant plus marquant que l’effet a été international. De nombreux pays d’Asie ont ainsi été marqués par la reprise, et ont ainsi acheté bien plus de matériaux que d’habitude. Or, la concurrence internationale peut être forte en matière d’approvisionnement de matières premières.

La concurrence internationale des matériaux

La crise sanitaire de 2020 a clairement montré les limites de la mondialisation. Et autant dire que la pénurie des matériaux est l’une de ces limites. Le marché des matériaux est international, si bien que la concurrence est rude face à un manque de matériaux.

Tous les pays du monde étant peu ou prou face aux mêmes problématiques de reprise d’activité, la concurrence a été forte pour savoir qui arrive à récupérer les précieux matériaux. Les grands gagnants de cette « bataille » ? Avant tous les pays producteurs de matières premières, qui ont naturellement répondu à la demande locale avant d’exporter les matériaux. Le nombre d’importations de matériaux a donc chuté drastiquement, et nombreuses sont les entreprises à bloquer ou à limiter fortement les ventes à l’international.

Une hausse du coût des transports

Ajoutons à tout cela une hausse du coût des transports, et des livraisons plus difficiles. À titre d’exemple, le prix d’un conteneur depuis la Chine a été multiplié par quatre, et est passé de 1500 € à 7000 € en l’espace d’un an.

Une fois encore, rappelons que de nombreux matériaux sont importés depuis l’Asie ou encore depuis les Etats-Unis. Pour certains secteurs, les difficultés d’approvisionnement sont aussi liées au chômage technique de certaines usines, voire tout simplement à une raréfaction des matières premières.

En conclusion, le Covid-19 a entraîné un véritable effet boule de neige, qui se fait ressentir sur la plupart des chaînes d’approvisionnement de matériaux et de matières premières.

Pénurie : vers une hausse de prix des matériaux

Si la pénurie des matériaux de construction peut déjà inquiéter en soi, il est évident qu’elle aura des impacts importants… notamment sur les prix. En effet, ce qui est rare et cher, et il est évident qu’une hausse des prix des matériaux se ressentira sur le coût de la construction.

Le problème ? Avec une hausse des prix sur l’ensemble des matériaux de construction, il est très délicat d’estimer et d’anticiper les hausses de prix sur les chantiers. Une chose est sûre : les coûts augmentent, et il faut donc s’attendre à une hausse du prix de la construction, mais aussi du coût des fournitures et équipements (fenêtres, peintures, matériel électrique, matériaux de construction, etc.).

Sur les matériaux à base d’acier, le communiqué de presse de la FIM mentionnait des hausses de prix de 10 à 40 % depuis septembre 2020. Dans un récent communiqué de presse, la FDME (Fédération des Distributeurs de Matériel électrique) évoque une hausse de 30 % du prix du cuivre, de 22 % pour l’aluminium ou encore de 30 % pour le polyéthylène. Le PVC n’est pas en reste, avec une hausse de 20 % des prix. Ainsi, le prix des menuiseries PVC a augmenté de 30 % entre septembre 2020 et mars 2021.

Les professionnels de la construction estiment ainsi la hausse des coûts de construction d’une maison entre 10 et 20 %, ce qui peut donc représenter des dizaines de milliers d’euros supplémentaires à l’échelle d’un chantier de construction.

Les autres impacts d’une pénurie de matériaux

Si le prix des fournitures et des travaux est directement impacté par la disponibilité des matériaux, une pénurie de matières premières et de matériaux de construction peut avoir bien d’autres impacts.

Des difficultés pour des entreprises

Pour les usines et les entreprises de bâtiment, la pénurie de matériaux est à l’origine d’une certaine instabilité, et d’un manque de visibilité sur l’avenir. Les PME pour qui l’utilisation de matières premières est indispensable sont les plus impactées, elles qui peuvent avoir du mal à produire ou à satisfaire les besoins de leurs clients.

Alors que les grands groupes, à l’origine de grosses commandes de matériaux, peuvent faire le poids dans la négociation, les plus petites entreprises doivent faire avec le marché de l’offre et la demande, ce qui peut clairement les mettre en danger. C’est d’autant plus vrai qu’une hausse du coût des matériaux se répercute souvent sur leur marge, puisqu’elles ne sont pas toujours en mesure de répercuter les hausses de coût sur leurs clients.

Ce n’est donc pas un hasard si plusieurs fédérations professionnelles comme la FDME, la FIP ou encore la FIPEC cherchent à alerter les pouvoirs publics d’une telle hausse du coût des matériaux.

Des retards de chantiers

Pour le particulier comme pour tout maître d’ouvrage, la pénurie des matériaux va nécessairement engendrer des retards de chantiers, parfois de plusieurs mois. Sans capacité à trouver des matériaux, ou à les trouver à un tarif raisonnable, les constructeurs peuvent en effet peiner à finaliser un chantier.

C’est d’autant plus vrai que la pénurie touche de très nombreuses fournitures et matières premières différentes. Même les petits chantiers, comme le remplacement de fenêtres, peuvent être concernés par des retards, dus à la difficulté à produire ou à faire livrer les fournitures nécessaires.

Il faudra donc être prêt à payer plus cher, mais aussi à patienter plus longtemps qu’auparavant.

Des contrats plus restrictifs

Enfin, il faut s’attendre à une plus grande rigidité au niveau des contrats (tout du moins durant toute la pénurie). En effet, avec des prix fluctuants, les artisans et professionnels du BTP ne sont plus à même de garantir des tarifs sur une grande durée de temps.

En conséquence, la durée de validité d’un devis pourrait être réduite, pour assurer à l’artisan qu’il sera en mesure de proposer les fournitures indiquées aux tarifs indiqués. Cela pourrait donc réduire la durée de réflexion d’un client, au risque de voir le montant du devis s’alourdir avec le temps.

Naturellement, ces différents impacts de la pénurie (à commencer par une hausse des prix des matériaux) vont disparaître une fois la pénurie terminée. Le problème ? Il est très difficile d’avoir une visibilité sur l’évolution du marché des matériaux, dans un contexte encore marqué par la crise sanitaire…