En matière d’énergie d’avenir, beaucoup tournent leurs regards vers le biométhane. Et le récent exploit de Gaya, une plateforme de production de biométhane, tend à prouver que cette énergie écologique pourrait avoir un riche avenir devant elle. En effet, la plateforme conçue par Engie a réussi à créer du gaz renouvelable, un biogaz conçu à partir de déchets. L’occasion pour nous de nous intéresser plus en détail au biométhane, et au futur du « gaz renouvelable ».

Qu’est-ce que le biométhane ?

Avant d’évoquer l’exploit de la plateforme de biométhane Gaya, il paraît utile de rappeler en quoi consiste le biométhane, vu par beaucoup de spécialistes comme l’une des énergies de demain.

Pour rappel, le biométhane est une énergie verte qui provient de déchets solides comme les déchets alimentaires, le bois ou encore les végétaux. Ce gaz peut notamment provenir du fumier, ce pourquoi le monde agricole participe activement à la production de biométhane. Et si ce gaz issu de nos déchets fait tant parler de lui, c’est tout simplement parce qu’il peut remplacer l’usage du gaz naturel (c’est-à-dire celui utilisé dans nos chaudières ou nos plaques de cuisson).

En effet, après un traitement d’épuration, le biométhane a des caractéristiques similaires au gaz naturel. Ainsi, cette énergie verte peut aider la France à accomplir son objectif de réduction de gaz à effet serre d’ici 2030. Un objectif qui fait partie de la Transition Energétique pour la Croissance Verte.

Gaya et Engie : vers un gaz renouvelable ?

Il est logique qu’Engie, le célèbre groupe énergétique français, s’intéresse au biogaz et à ses utilisations. Ce n’est donc pas un hasard si le groupe a conçu depuis 2010 une plateforme de recherche & développement spécifiquement dédiée à la création de biométhane : Gaya. Or, cette dernière a récemment accompli une première mondiale en matière de production de biogaz.

Gaya : une plateforme de recherche pour le biogaz

La plateforme Gaya est un projet ambitieux d’Engie, conçue en collaboration avec 11 partenaires. Le projet Gaya a été lancé en 2010, mais il faudra attendre le 20 octobre 2017 pour l’inauguration officielle de la plateforme.

C’est au Sud de Lyon, à Saint-Fons, dans la Vallée de la chimie, que le projet a vu le jour. Il s’agit d’une plateforme semi-industrielle de conception de biogaz. On parle de « semi-industrielle » car Gaya n’a aucune vocation commerciale : son enjeu n’est pas de commercialiser le gaz produit, mais plutôt d’étudier et de perfectionner la production de biogaz.

Le projet a été conçu en collaboration avec l’Institut d’Excellence sur les Énergies décarbonées (IDEEL). Le budget prévu pour Gaya était initialement de 47 millions d’euros, dont 19 millions font partie de subventions de l’ADEME. Au total, la plateforme a néanmoins coûté 60 millions d’euros.

Le gaz renouvelable : une première mondiale

C’est en novembre 2019 que la plateforme a créé ses premiers mètres cubes de biométhane, à partir de biomasse forestière (restes de bois et déchets végétaux). Il s’agissait du projet initial de Gaya, dont l’objet est de réussir la production d’un biométhane à haut rendement, conçu à partir de déchets verts.

Mais le projet est plus ambitieux encore, puisque Gaya est la première usine mondiale a réussir la production de biométhane à partir de combustibles solides de récupération (CSR)… autrement dit à partir de déchets !

C’est en décembre 2020 que la plateforme a indiqué avoir réussi ce petit miracle.

Créer de l’énergie à partir de déchets : un véritable enjeu

Pourquoi la création de biogaz à partir de CSR est-elle un vrai avancement ? Pour la simple et bonne raison que les CSR étaient jusqu’ici des déchets impossibles à transformer. Ces déchets non dangereux, composés de papier, de cartons, de bois ou encore de plastiques, étaient jusqu’ici enfouis (c’est à dire enterrés dans le sol, dans d’immenses décharges).

Réussir à créer du biogaz à partir de déchets non transformables permettrait donc non seulement de créer de l’énergie, mais aussi de recycler nos déchets et donc de réduire les quantités de déchets enterrés. En somme, il s’agit ici de faire d’une pierre deux coups, en transformant nos déchets difficiles à transformer en gaz !

Comment produire du biométhane à partir de déchets ?

Gaya et Engie prouvent que le biométhane a certainement de très beaux jours devant lui. Et pour cause, produire du gaz à partir de nos déchets est une idée qui existe depuis des dizaines d’années, et a toujours été considéré comme une alternative aux énergies fossiles (dont le gaz naturel).

Pour la production de biométhane à partir de CSR, il est nécessaire passer par plusieurs étapes :

  • Les déchets sont transformés en combustibles solides.
  • Ils sont gazéifiés à haute température, ce qui permet d’obtenir un gaz de synthèse.
  • Le gaz de synthèse, non utilisable en état, doit par la suite être épuré, de manière à se transformer en biométhane.
  • La méthanisation permet d’obtenir du biométhane.
  • Enfin, la séparation des gaz permet d’ajuster le biométhane pour qu’il soit conforme aux standards de qualité.

Si ce procédé n’est pas une première quand il est réalisé à partir de déchets forestiers, Gaya a été la première usine au monde a créer du biogaz à partir de combustibles solides de récupération.

Pour le moment, l’usine n’est autre qu’un centre de recherche, mais on imagine bien que cette découverte pourrait donner naissance à des usines de méthanisation, qui pourraient notamment soulager les centres d’enfouissement, et donc optimiser la gestion des déchets en France et à l’international.

Le gaz : l’énergie de demain ?

Cette récente découverte d’Engin laisse à penser que le biométhane pourrait devenir une vraie référence pour remplacer les énergies fossiles (comme le gaz naturel ou encore le fioul).

Si les spécialistes sont nombreux à voir le biométhane et le gaz comme l’énergie de demain, rien n’est moins sûr ! Et pour cause, les récentes législations en matière de construction risquent bien de faire disparaître le gaz comme énergie de chauffage. Naturellement, cette interdiction ne vise pas directement le biométhane, mais bel et bien le gaz naturel, une énergie fossile et donc jugée polluante, au même titre que le fioul.

Néanmoins, la possibilité d’une interdiction des chaudières au gaz pourrait mettre à mal le rêve du biométhane et du gaz renouvelable comme moyen de chauffage. Cela ne veut pas dire que le biogaz est voué à l’échec, bien au contraire. Il pourrait notamment remplacer le carburant de nos véhicules dans un avenir proche, ou encore être utilisé en masse par les industries.

Mais une chose est sûre : si les constructions neuves abandonnent progressivement le chauffage au gaz, comme la RE 2020 le laisse présager, l’utilisation du biogaz comme énergie de chauffage dans nos logements risque d’être compromise.