Dernière mise à jour le : 14 janvier 2021 par Rénovation et travaux

Le secteur du chauffage est en pleine ébullition, depuis l’annonce d’une possible fin du chauffage au gaz dans le neuf, dès 2021. Si l’interdiction du chauffage au fioul n’a pas forcément surpris les professionnels du bâtiment et du chauffage, la fin du chauffage au gaz est une autre paire de manches. Les chaudières au gaz vont-elles vraiment être interdites ? Quelles sont les alternatives au chauffage au gaz ? Quel impact prévoir sur le secteur du bâtiment ? Nous avons enquête pour vous sur la fin du chauffage au gaz.

Vers une interdiction du chauffage au gaz ?

Si la mort du chauffage au fioul est annoncée depuis fin 2018, nul n’imaginait que le chauffage au gaz risquait lui aussi de suivre la même voie. Et pourtant, le gouvernement a annoncé la fin du chauffage au gaz dans les logements neufs, et ce dès 2021. Une annonce qui a pour le moins bousculé le monde de la construction.

Faisons un petit résumé des changements concernant les méthodes de chauffage dans la construction neuve, et en rénovation :

L’interdiction du chauffage au fioul

Pour rappel, les décisions concernant les technologies de chauffage visent avant tout à atteindre un parc immobilier privé plus écologique (qui consomme moins et dégage moins d’émissions polluantes). Les premières rumeurs de la fin des chaudières au fioul ont vu le jour dès fin 2018, avec l’annonce du gouvernement de vouloir mettre un terme au chauffage au fioul sous 10 ans (soit la fin du chauffage au fioul en 2028).

Voilà pourquoi il n’y a pas eu de surprises particulières quand l’État a annoncé, en juillet 2020, une interdiction du chauffage au fioul en 2022. Dès 2022, la pose (en neuf) ou le remplacement (en rénovation) d’une chaudière au fioul seront totalement interdites.

En 2022, il ne sera pas interdit de réparer une chaudière au fioul, mais si votre chaudière est irréparable, elle devra être remplacée par une autre méthode de chauffage. Il y a donc fort à parier qu’il n’y aura pratiquement plus aucune chaudière au fioul dans le parc immobilier français d’ici 2032 (en prenant en compte la durabilité des dernières chaudières au fioul installées). Mais si le chauffage au gaz paraissait jusqu’ici être une excellente alternative, les annonces récentes du gouvernement laissent à penser que le chauffage au gaz ne tardera pas à suivre le même chemin…

Fin du chauffage au gaz : les dispositions de l’État

Si tout le monde prévoyait plus ou moins la disparition du chauffage au fioul, l’annonce de la disparition du chauffage au gaz a été nettement plus surprenante. Et pourtant, le 26 novembre 2020, la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, a annoncé des mesures qui pourraient entraîner la fin du chauffage au gaz dans le neuf, dès l’été 2021. Une annonce d’autant plus surprenante qu’elle sera appliquée dès 2021, soit avant que l’interdiction des chaudières au fioul.

Dans les faits, le chauffage au gaz n’est pas expressément interdit, mais les seuils d’émission de gaz carbonique sont si bas que la pose d’une chaudière au gaz sera pratiquement impossible. Avec un seuil établi à 4 kilos de gaz carbonique par m² et par an, seuls les bâtiments passifs (extrêmement bien isolés) seront en mesure d’être chauffés au gaz.

Cette disposition va s’appliquer dès l’été 2021 pour la construction de maisons individuelles. Concernant les logements collectifs, les seuils d’émission de gaz à effet de serre seront progressifs (ils vont passer de 14 kg de CO2 par m² et par an à 6 kg entre 2021 et 2027). Les professionnels estiment que l’utilisation du gaz dans un logement collectif en neuf sera pratiquement impossible à partir de 2024.

Ces nouvelles mesures, qui entrent dans le cadre de la Réglementation Environnementale de 2020 (RE2020) ont donc particulièrement bousculé les milieux du BTP et de l’énergie, en cette fin 2020.

Une interdiction du chauffage au gaz ?

Si beaucoup parlent d’une interdiction du chauffage au gaz, la réalité est légèrement différente. Contrairement au chauffage au fioul, le chauffage au gaz ne sera pas interdit.

Néanmoins, la RE2020, en imposant uniquement un seuil d’émission de gaz carbonique, ne laisse que deux choix aux constructeurs de maison :

  • Soit construire un logement passif, qui nécessitera donc très peu d’énergie pour être chauffé, et pourra être chauffé au gaz.
  • Ou créer un logement bien isolé, mais non passif, dans lequel il sera impossible d’utiliser une chaudière au gaz.

Dans les faits, les professionnels du chauffage au gaz craignent que la deuxième option soit privilégiée par la plupart des constructeurs et particuliers, ce qui entraînera la fin du chauffage au gaz dans le neuf.

Certains observateurs reprochent par ailleurs au gouvernement de ne pas imposer purement et simplement la construction de logement passifs, ce qui laisserait au chauffage au gaz un avenir plus prometteur.

Cependant, le chauffage au gaz ne sera pas interdit en rénovation. Il sera donc toujours possible de remplacer une chaudière au gaz par une autre chaudière au gaz. Néanmoins, si le chauffage au gaz disparaît dans la construction neuve, on peut s’attendre à des impacts sur le marché de la rénovation…

Fin du chauffage au gaz : quel impact sur le marché ?

À l’heure actuelle, on estime que 21 % des maisons neuves, et 75 % des logements collectifs neufs, sont construits avec du chauffage au gaz. Il est donc évident que les chaudières au gaz sont particulièrement présentes dans le marché de la construction.

Avant d’avoir un impact sur le marché de l’énergie, ces mesures auront un impact direct sur le marché du BTP. Mais il faut admettre que le marché de la construction est habitué à suivre les réglementations (parlons par exemple de la RT2012, qui avait déjà imposé certains des règles de construction plus strictes). Les chauffagistes seront les plus impactés, eux qui devront clairement se former à la pose des nouvelles alternatives de chauffage que sont la pompe à chaleur (PAC) ou les chauffages au bois (poêle à bois, poêle à granulés, chaudières à granulés de bois).

Les acteurs les plus inquiets sont clairement les sociétés de gaz, qui pourraient voir leur nombre de clients s’écrouler (en dehors du chauffage, le gaz de ville n’est utilisé que pour la cuisson, ce qui limiterait l’intérêt d’un abonnement au gaz).

Qui dit moins d’abonnement dit une hausse possible du prix du gaz, ce qui inciterait d’autant plus les particuliers à abandonner définitivement le chauffage au gaz, y compris en rénovation.

Une chose est sûre, marché de la pompe à chaleur risque de grimper en flèche. Et pour cause, la chaudière au gaz était une alternative toute trouvée au chauffage au fioul. À présent que le marché risque de se rétrécir, les propriétaires vont peut être préférer se tourner vers la PAC. Et si le prix d’une pompe à chaleur était plus élevé que le coût d’une chaudière au gaz, la PAC reste nettement moins coûteuse que d’autres alternatives, comme la chaudière à granulés.

Seule solutions de chauffage qui ne nécessiteraient pas d’électricité, on citera la traditionnelle cheminée, ainsi que le poêle à bois (les solutions de chauffage à granulés nécessitant de l’électricité pour fonctionner).

Quel avenir pour le chauffage au gaz ?

Il est évident que le marché du chauffage au gaz ne semble pas florissant. On peut même raisonnablement s’attendre à une disparition du chauffage au gaz d’ici 2050. Néanmoins, rien n’est encore joué pour le gaz ! Pour commencer, il n’y a aucune interdiction du chauffage au gaz pour le moment.

On peut par ailleurs s’attendre à une modification des lois, que ce soit lors d’un changement de gouvernement en 2022, ou même avant si certains acteurs du milieu (notamment les sociétés gazistes) entament une bataille contre les mesures (ce qui ne serait pas impossible, en particulier dans un contexte économique aussi tendu).

Un avenir plus positif serait l’utilisation globale du biogaz, un gaz issu de la décomposition de matières premières (compost), et donc bien plus écologique que les gaz fossiles extraits à l’heure actuelle. On pourrait ainsi rêver à un réseau de gaz de ville remplacé par du biogaz, généré grâce aux déchets organiques des habitants. Mais d’ici là, une période de transition serait forcément nécessaire, et rien n’indique que les choses prendront ce tournant. Il n’est donc pas impossible que le gaz rejoigne le fioul en tant qu’énergie de chauffage obsolète.

Reste à espérer que les législations ne créent pas comme effet pervers une hausse du chauffage électrique, un chauffage moins coûteux à installer et qui ne dégage pas de gaz à effet de serre… mais s’avère en réalité très énergivore, et donc à la fois coûteux en consommation et peu écologique. Une hausse considérable des demandes en électricité pourrait par ailleurs repousser le problème des émissions de gaz non plus au parc immobilier privé, mais directement aux centrales électriques, dont certaines fonctionnent aux hydrocarbures.

Dernière piste d’inquiétude : la possibilité de fréquentes pannes d’électricité, en particulier durant les périodes hivernales, durant lesquelles les demandes en électricité risquent de devenir plus élevées que jamais.